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Extrait de “LA FEMME PERPLEXE” monologue féminin aux éditions Alna

Marc, son problème, c’est son zizi. Il lui remplit la tête. Il le trouve trop petit. Et un zizi, bizarrement, plus c’est petit, plus ça remplit la tête. Je pense même que ça finit par boucher la vue. C’est pour ça qu’il est myope, Marc. Et comme la myopie rétrécit les objets, il le voit encore plus petit qu’il n’est en réalité.
- Comment tu le trouves ? il me demande.
- Normal. Qu’est-ce que tu veux que je te dise ?
- Comment tu le trouves… en comparaison.
- En comparaison avec qui ? Avec Jérôme, avec Antoine, avec Sébastien, Maxence, Edouard, Rachid, le garagiste, ton père, ton frère, le chien ???
- Mais non, t’es bête. Avec la moyenne nationale.
- Quelle moyenne nationale ? Celle du Gabon, du Mali, du Burkina Faso, des îles Borromées, du Japon, de la Nouvelle Guinée ou de la Laponie ?
- Tu ne vas pas me dire que tu connais la longueur moyenne du sexe masculin en Laponie ?
- Et pourquoi pas ? On trouve tout sur Internet !
Il m’énerve avec son truc.

Elle regarde la table, sourit.

Elle est bien cette nappe ! Très gaie… Bon, alors les assiettes, les verres, c’est fait. Les bougeoirs pour faire romantique, c’est fait. Les petites serviettes en papier avec Snoopy, c’est fait. Qu’est-ce que j’oublie ? Oh, je suis trop excitée ! Elle est vraiment bien cette nappe avec ses petits oiseaux…

Elle éclate de rire.

Le petit oiseau !!!
Un jour, il l’a mesuré avec mon mètre de couturière. Il m’a apporté la preuve de son nanisme génital. Regarde ! 17 centimètres. Tu ne vas pas me dire que c’est une taille normale ?
Je la connaissais la taille de son zizi, il n’avait pas besoin de le poser sur mon mètre ruban comme un charcutier qui vend son andouillette.
- Je vous en ai mis 17 centimètres, madame Sylvie. Elle est belle, vous m’en direz des nouvelles.
Il promenait l’étalonnage de son sexe à travers la maison en se lamentant, le comparant aux stylos, au tube de dentifrice, aux légumes, à son tournevis, aux cuillères, aux fourchettes…
- J’ai le zizi plus petit qu’une fourchette, il me dit !
- Mais qu’est-ce que j’ai besoin qu’il soit long comme une fourchette, Marc ? J’en ai pas la même utilisation !

Elle fonce au placard, s’enferme, hurle de rire.
Puis revient calmée.

Qu’est-ce que c’est bon de rire !
Alors, les fourchettes… les cuillères, les couteaux, tout y est !
Je vais le faire asseoir là et moi ici…ou l’inverse… qu’est-ce qui serait le mieux ? Le mieux c’est de dire « assieds-toi », de le laisser choisir et de m’asseoir ensuite sur la chaise restée libre. Ou encore de ne mettre qu’une chaise. Comme ça, il va s’asseoir là où je veux, dans la lumière, moi dans la pénombre, comme ça il ne verra pas cette saleté de patte d’oie qui me balafre entièrement le visage qu’on dirait une vergeture !!!
- Enfile-moi un préservatif, tu verras qu’il ne tient pas, il me dit.
- Marc !! Tu as des préservatifs ? Ça fait sept ans qu’on couche ensemble et maintenant tu achètes des préservatifs ?
- Je les ai achetés exprès pour l’expérience, il me dit. J’ai pris la plus petite taille, tu vas voir que je flotte dedans.
- Marc, tu deviens con !
- Vas-y, toi, la menteuse qui dis que tout va bien, que je suis normal, que j’ai un piston de compétition – alors que tu n’y connais rien en mécanique, mets-le moi, tu vas voir comme je suis ridicule avec ça. On dirait un nain habillé en XXL.
- Mais Marc, je peux pas t’enfiler un préservatif.
- Pourquoi ? Ça te dégoûte ?
- C’est pas ça ! Comment veux-tu que je t’enfile un préservatif si tu es au repos ?
Et là, j’ai vu Marc devenir aussi vert que le ficus.
- Je ne suis pas au repos, Sylvie !
Je lui ai confisqué la boîte. Non mais ! Qu’est-ce qu’ils ont tous à complexer de ce côté-là ? A vouloir accomplir des exploits avec. Quand est-ce qu’ils comprendront qu’on s’en fout du pilote de course, qu’on préfère celui qui a tous ses points au permis, le virtuose de l’amour , celui qui ne dépasse jamais la limitation de vitesse mais qui fait découvrir le paysage. Marc, pendant six ans il m’a emmenée dans tous les coins du plaisir, avec gourmandise, avec délicatesse. Il me disait : tu connais, là ? Non. Viens, je t’emmène. Et c’était formidable. Parfois on y retournait toutes les semaines. On découvrait toujours de nouveaux recoins ou de nouvelles façons de l’aborder. Et puis la septième année, plaf, il s’est pris le zizi dans les mains, il se l’est posé sous les yeux, et il a décrété qu’il avait rétréci. Plus de mer, plus de collines, plus de campagne, partout où l’on allait il ne voyait qu’un zizi en décomposition. D’où ça lui vient ce complexe brutal ?
De moi ? Je ne fais pas ce qu’il faut pour le rassurer ?

Le téléphone sonne, elle décroche, écoute un long moment puis hurle.

Non, il n’est pas petit !!! Marc, faut que je te le répète combien de fois ? Tu deviens lourd avec ça !… (changeant de ton, troublée) Non, rien de spécial, je regarde la télé. Non, je suis fatiguée. Non, j’ai rien préparé à dîner, je vais grignoter un truc sur le pouce…Oui, c’est ça, bonne nuit. Oui, à demain…oui… oui… oui… Marc, encore un mot sur le sujet et je te le coupe !

Elle raccroche.

C’est sûr, il a besoin d’être rassuré.

Elle saisit une boîte posée sur la table.

Combien il en reste ? Neuf ? Ça devrait suffire pour ce soir. Et puis moi, au moins, ça ne va pas me rassurer mais ça va me faire du bien.
Mais je ne vais peut-être pas les mettre sur la table, ça fait « fille pressée d’être au lit ».
Oh, je suis complètement excitée ! Du coup c’est vrai que j’ai rien préparé à bouffer. Dans l’affolement j’ai pas pensé à ça

2 Comments »

  1. jo69 said,

    April 19, 2007 at 12:02 pm

    Salut,
    je n’écris jamais de commentaire habituellement mais là je dois dire que ton blog m’époustoufles. Tu es vraiment trés belle et si sexy … Je n’ai jamais vu ça !
    Bise et continue comme ça à me faire rêver … ;-)

    Jo 69

  2. Aouch said,

    April 22, 2007 at 8:09 pm

    Julie….
    Voila maintenant quelques semmaines, que je suis votre blog avec enthousiasme, j’apprécie tout particuliérement la fraicheur dont vous faites preuve et cette déconcertante facilité à séduire au premier regard.
    Merci pour tous ces instants offerts…
    Tendres Kiss
    Aouch

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